P L A T O N O V


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Dossier Platonov
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 SESSION DE TRAVAIL

 

 

 

Évidemment, chacun d’entre nous a son propre point de vue sur le texte. Il s'agit de trouver comment créer à partir des propositions, idées et réflexions de chacun une œuvre commune. Nous ne choisissons pas une idée parmi les neufs possibilités ; nous en fabriquons une à partir de tout ce que chacun apporte. Une sorte de démocratie utopique, où le vote n'existerait pas et où tout le monde serait content du résultat... Malheureusement, dans cette utopie, nous avons oublié d'intégrer l'efficacité et la rapidité. Donc nous avons besoin de parler… et de temps…

 

Beaucoup… Beaucoup… Beaucoup…

 

Alors, on se retrouve dans un lieu paradisiaque. On apporte le matériel nécessaire au bon déroulement du travail : textes en tout genre, papiers, crayons, dictaphone, ananas de parole, une grande table, vin, saucisses, maillots de bain. Essentiel, le maillot de bain : Datcha travaille mieux avec piscine. On discute, on s'exprime – plus ou moins fort – on se fait comprendre, on boit – du café pour commencer…

 

Maia : Platonov, il fait tellement la morale à tout le monde que t'as envie de lui dire : "Attends, et toi, quoi !"

 

Floriane : Attends, tu parles de la pièce ou du personnage, là ?

 

Maia : De la pièce. Non pardon, du personnage.

 

Olivia Non mais... Tu trouves qu'il fait la morale ?... Nan mais vraiment, il ne fait pas la morale Platonov.

 

Maia : Moi, je trouve.

 

Olivia : Que nous, on dise : "Platonov est un être qui fait la morale", c'est vraiment très problématique. Qu'un personnage, Triletski par exemple, lui dise : "Tu me fais chier avec ta morale, va te coucher", y a aucun problème. Mais que nous on dise que Platonov est un personnage qui fait la morale... C'est pas possible ! Parce que pour moi c'est le contraire, c'est quelqu'un qui se bataille avec la morale et avec les choses mises en place.

 

Maia : Moi je ne suis pas d'accord. Je ne vois pas ça.

 

Matthieu : Et si au lieu de "faire la morale", on dit "donner des leçons" ?

 

Maia : C’est ça ! Il donne des leçons et c'est ça qui fait qu'il est pathétique. Moi je trouve ça grave de ne voir que quelqu'un qui...

 

Olivia : Qui quoi ? Parce que je le vois pas du tout en super-héros. Mais de dire : "Platonov, il fait la morale", nous, autour de cette table, en tant qu'acteurs, moi ça me fait un drôle d'effet.

 

On sort fumer, on retourne discuter, on essaie à nouveau de faire comprendre aux autres pourquoi on a raison – un peu plus fort si besoin – on sort fumer, on écoute les autres, on va se baigner, on mange des saucisses, on re-boit – café ou vin, selon l'humeur – on re-retourne encore travailler...

 

 

Yonnel : Ça veut dire quoi pour toi faire la morale ?

 

Olivia Qui dit le bien et le mal, qui explique, qui se positionne en fonction de ça et qui en plus de ça...

 

Maia : Mais il le fait à certaines scènes, très fortement !!! Et c'est insupportable !! Et même après il s'en veut de...

 

Olivia : Je le vois plutôt se batailler avec ces notions.

 

Maia : Mais non ! Il donne des leçons de vie et après il se sent con parce que, lui-même, il se sent incapable. Il se rend compte qu'il lance des pavés dans la mare et il...

 

Olivia : Et il se bataille.

 

Maia : Non, il ne se bataille pas. Il donne des leçons à des gens alors que lui-même est incapable de...

 

Olivia : C'est la modernité de ce texte d'être en dehors de ça. Être en dehors totalement de la morale et se chercher soi-même en dehors de toute morale, en dehors de tout principe. Pour moi c'est ça Platonov : en dehors de tout ce qui existe, qu'est-ce qu'on est ?

 

Maia : Putaiiiin !! Je trouve ça grave, vraiment, si on ne veut pas voir ce côté insupportable.

 

On sort fumer, on commence à comprendre les autres points de vue, on trouve même ça intéressant parfois, on sort fumer, on change d'avis, on re-re-boit – du vin généralement – on s'épuise, mais on continue encore un peu, on lit d'autres textes pour se changer les idées...

 

Hamlet // Platon //

//SCUM Manifesto // Peter Handke //

 

// Eloge de la fuite - Laborit //  Lagarce// Shopenhauer //

// Manque - Sarah Kane //

 

on sort fumer

// Evènement - Sylvia Plath // Wild Honey // Journal 1966-1971 - Max Frisch

 

on retourne se baigner

et on continue à débattre dans la piscine.

 

 Olivia : Il est insupportable mais ce qui est insupportable, c'est justement ce qu'il remue

 

Maia : Nan nan nan. C'est lui donner une trop bonne carte que de dire : "ce mec, qui est insupportable, il remue la société". C'est le mettre là-haut que de faire ça. Quel dommage, mais quel dommage !

 

Olivia : Hé ben mettons-nous au-dessus ! Mettons-nous au-dessus mais alors, si on se met au-dessus, moi je ne peux pas dire que nous on a compris et que nous on peut faire mieux. Moi je ne peux pas.

 

Maia : Mais je dis pas ça.

 

Olivia Siii !! C'est pas le mettre là-haut, c'est le mettre là avec nous (toc toc toc sur la table). Pas au-dessus et pas avoir un jugement. Se mettre au-dessus, moi, là, je trouve que c'est un jugement et le jugement est moral.

 

Alice : Non mais attendez, les histoires de morale, c’est une des propositions de Tchekhov puisque c’est un truc qu’il met dans la bouche des personnages qui sont autour de Platonov. Du coup, on a des points de vue antagonistes sur ce personnage.

 

Par contre, ce qui est pour moi la clé principale de Platonov, c’est surtout le conflit de générations. Et c’est quand même beaucoup plus intéressant que cette histoire de morale.

 

« Anna Pétrovna : Arrêtez ! Vous m’empêchez d’écouter !

Triletski : Et pourquoi les écoutez-vous ? Ils peuvent parler comme ça jusqu’au soir. »

(Platonov, I, 3)

 

On arrête là pour aujourd'hui, on mange, on danse, on fume, on fait la fête – on s'embrasse (ça arrive) – on finit les bouteilles et – miracle – on trouve parfois un accord en fin de nuit, qui, on l’espère en allant se coucher, tiendra encore le lendemain, une fois reposé...